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Moyen terrestre · Sapeurs-pompiers

CCF : le Camion-Citerne Feux de Forêt des pompiers

Un 4×4 blindé contre la chaleur, capable de franchir l’infranchissable et de transporter plusieurs milliers de litres d’eau au cœur du brasier. Portrait du véhicule qui mène la vraie bataille — celle du sol.

2 000 – 8 000 L
Capacité de la citerne
4
Sapeurs-pompiers à bord
4×4
Châssis tout-terrain
GIFF
Combat en groupe

On filme les Canadair, on photographie les Pélican. Mais le feu, lui, s’éteint au sol. Le Camion-Citerne Feux de Forêt — le CCF — est le véhicule qui mène ce combat de l’ombre : un fourgon tout-terrain conçu pour franchir les pistes les plus difficiles, résister aux retours de flammes et délivrer l’eau là où les avions ne font que ralentir l’incendie. C’est l’épine dorsale de la lutte terrestre française.

Un fourgon taillé pour le hors-piste

Le CCF — Camion-Citerne Feux de Forêt, parfois appelé Camion-Citerne Forestier selon les départements — est un fourgon d’incendie d’un genre particulier. Là où les camions de pompiers urbains restent sur le bitume, le CCF est conçu pour quitter la route : franchir une piste défoncée, grimper un coteau, s’enfoncer dans un sous-bois.

CCF franchissant une piste forestière en terrain difficile
Châssis 4×4, centre de gravité bas, rapport puissance-poids élevé : le CCF est avant tout un véhicule de franchissement.

Ses caractéristiques découlent toutes de cette vocation. Un châssis 4×4 aux capacités de franchissement exceptionnelles. Un centre de gravité bas pour évoluer en dévers sans verser. Un rapport puissance-poids d’au moins 20 chevaux par tonne, imposé par la norme, pour ne jamais rester planté. Et une citerne dont la capacité — de 2 000 à 8 000 litres selon les modèles — fait du camion une réserve d’eau mobile, capable d’attaquer le feu directement, à la lance.

Le CCF est un véhicule normalisé : des normes nationales encadrent sa classification, sa sécurité et ses équipements, garantissant que tous les CCF de France répondent au même standard de fiabilité.

Les trois types de CCF

Tous les CCF ne se ressemblent pas. Ils se classent en trois catégories selon leur masse totale en charge, chacune avec son rôle tactique.

Le plus léger

CCF Léger (CCFL)

De 2 à 7,5 tonnes, équipage réduit, faible capacité d’eau mais maniabilité exceptionnelle. Il assure la reconnaissance et l’attaque initiale, là où les gros porteurs ne passent pas.

Le plus répandu

CCF Moyen (CCFM)

Environ 4 000 litres d’eau, équipage de quatre sapeurs-pompiers, autour de 13 tonnes. C’est le cœur du dispositif : polyvalent, il intervient seul ou en colonne.

Le plus gros

CCF Super (CCFS)

De 6 000 à 8 000 litres, parfois davantage, souvent doté d’un canon sur le toit. Il soutient l’effort dans la durée et appuie les véhicules d’attaque.

Anatomie d’un camion qui doit survivre au feu

Approcher un foyer d’incendie, c’est s’exposer à des températures extrêmes et à des fumées toxiques. Le CCF est conçu pour protéger son équipage dans cet environnement hostile.

Schéma technique annoté d'un Camion-Citerne Feux de Forêt
Vue annotée : citerne cloisonnée à brise-lames, arceau anti-retournement, rampes d’autoprotection, cabine en surpression.

L’autoprotection thermique

En cas de retour de flammes, des rampes pulvérisent de l’eau sur les vitres et les pneumatiques, créant un bouclier liquide autour du véhicule. Une réserve d’eau (de 440 à 580 litres) est dédiée uniquement à cette fonction, indépendamment de la citerne d’attaque.

La cabine en surpression

L’air de la cabine est maintenu en légère surpression, ce qui empêche les fumées toxiques de s’y infiltrer. Les vitres sont traitées pour résister à la chaleur, et un système d’air respirable équipe l’équipage.

L’arceau anti-retournement

Sur les terrains accidentés, le risque de retournement est réel. Une structure de sécurité protège l’équipage si le camion bascule — une exigence imposée par les normes.

La citerne cloisonnée

L’intérieur de la citerne est divisé par des brise-lames. Sans eux, le ballottement de plusieurs milliers de litres d’eau déstabiliserait le véhicule à chaque virage ou freinage.

Le GIFF : le CCF ne combat jamais seul

Un GIFF, groupe d'intervention composé de plusieurs CCF
Le GIFF : une colonne de CCF qui progresse vers le feu selon un ordre tactique précis.

Un CCF isolé est vulnérable. C’est pourquoi il intervient presque toujours intégré dans un GIFF — Groupe d’Intervention Feux de Forêt. La structure type associe un véhicule de liaison hors route (VLHR), chargé de la reconnaissance et du commandement, et quatre CCF formant le cœur opérationnel.

La progression obéit à un ordre de combat précis : du plus manœuvrant au moins manœuvrant — le VLHR en tête, suivi des CCF. Cette colonne avance de façon coordonnée, chaque véhicule ayant un rôle dans la tactique d’ensemble. Quand plusieurs GIFF sont réunis sur un grand feu, un véhicule logistique les accompagne pour acheminer matériel, vêtements de rechange et nourriture.

Cette organisation rigoureuse est la marque de la doctrine française : les CCF légers ouvrent la voie et mènent l’attaque initiale, les gros porteurs soutiennent l’effort dans la durée. Et le tout se synchronise avec les moyens aériens — car au sol comme dans le ciel, rien ne fonctionne sans coordination.

Caractéristiques techniques générales

Le CCF étant un véhicule décliné en plusieurs types, ces caractéristiques correspondent au CCF moyen (CCFM), le plus répandu.

TypeFourgon d’incendie tout-terrain (4×4)
CatégoriesCCF Léger, CCF Moyen, CCF Super
Capacité citerne2 000 à 8 000 litres selon le type (≈ 4 000 L pour le CCFM)
Réserve d’autoprotection≈ 440 à 580 litres dédiés
Émulseur / produit mouillant≈ 60 litres (CCFM)
Équipage4 sapeurs-pompiers (2 dans certaines régions du Sud-Ouest)
Masse en charge (CCFM)≈ 13 tonnes
Rapport puissance-poidsMinimum 20 ch/tonne (imposé par la norme)
PompeCapable d’aspirer et de refouler (ravitaillement autonome)
SécuritéArceau anti-retournement, cabine en surpression, autoprotection, vitres traitées
Unité tactiqueGIFF (Groupe d’Intervention Feux de Forêt)

L’équipage : quatre pompiers, quatre qualifications

Un CCF, ce n’est pas qu’un camion : c’est d’abord une équipe formée. L’équipage traditionnel se compose de quatre sapeurs-pompiers, chacun avec des qualifications spécifiques et complémentaires :

  • Deux équipiers : titulaires de la formation feux de forêt de niveau 1 (FDF1), ils mènent les opérations d’extinction sur le terrain — attaque directe, manipulation des lances, sécurité en milieu forestier.
  • Un conducteur : en plus du FDF1, il possède le permis poids-lourds et la formation à la conduite de niveau 2 (COD2). Conduire 13 tonnes sur une piste en dévers, sous la fumée, ne s’improvise pas.
  • Un chef d’agrès : formé feux de forêt de niveau 2 (FDF2), il coordonne l’ensemble des opérations tactiques de son équipage.

Au-dessus, le chef de groupe — qui commande l’ensemble du GIFF depuis le véhicule de liaison — est qualifié FDF3. Une chaîne de compétences qui garantit que chaque décision, du volant à la lance, est prise par quelqu’un de formé.

Trois choses à savoir sur le CCF

Polyvalence

Pas seulement pour les feux

Grâce à leurs capacités tout-terrain exceptionnelles, les CCF servent aussi lors des intempéries et des inondations — une polyvalence désormais inscrite dans les schémas d’analyse des risques des départements.

Fabrication française

Un savoir-faire national

Les CCF sont souvent construits sur des châssis de grandes marques, puis aménagés par des carrossiers spécialisés français. Un CCF moyen représente un investissement d’environ 250 000 euros.

Le canon sur le toit

L’arme des gros porteurs

Certains CCF Super sont équipés d’un canon à eau commandé électriquement depuis la cabine, permettant d’attaquer un front de flammes sans que l’équipage ait à descendre du véhicule.

Le sol et le ciel : pourquoi le CCF est irremplaçable

Une idée reçue tenace : les avions éteindraient les feux. En réalité, ils les ralentissent. C’est le sol qui éteint.

CCF (moyen terrestre)

  • Attaque directe à la lance, sur le foyer
  • Éteint réellement le feu
  • Traite les lisières et les reprises
  • Autonome : se ravitaille seul
  • Indispensable pour : éteindre et noyer le feu
VS

Canadair (moyen aérien)

  • Largage massif depuis le ciel
  • Ralentit et abaisse l’intensité
  • Crée des barrières, protège les accès
  • Ne peut pas traiter le sol en détail
  • Indispensable pour : contenir et gagner du temps

Le CCF en images

Et demain ? Des CCF plus sûrs, face à des feux plus violents

Camion-Citerne Feux de Forêt de nouvelle génération
Les nouvelles générations de CCF embarquent davantage d’eau et des dispositifs de sécurité renforcés.

L’évolution des CCF suit celle du risque. Face à des feux plus intenses et plus rapides, les SDIS renouvellent leurs flottes avec des véhicules embarquant davantage d’eau, des réserves d’autoprotection accrues, et des équipements de communication et de géolocalisation modernisés.

L’enjeu n’est pas que technique : c’est aussi celui du maillage du territoire. À mesure que le risque incendie remonte vers le nord et l’ouest de la France, des départements jusque-là peu équipés doivent à leur tour se doter de CCF.

Mais le CCF restera ce qu’il a toujours été : un véhicule au service d’une équipe. Aucune technologie ne remplace les sapeurs-pompiers qui, lance en main, mènent le combat au contact des flammes. Le camion les protège et les approvisionne — ce sont eux qui éteignent le feu.

Questions fréquentes sur le CCF

Que signifie CCF ?

CCF signifie Camion-Citerne Feux de Forêt, parfois appelé Camion-Citerne Forestier selon les services départementaux. C’est un fourgon d’incendie tout-terrain conçu pour combattre les feux dans les espaces naturels, là où les camions classiques ne peuvent pas s’aventurer.

Combien d’eau transporte un CCF ?

Cela dépend du type : de 2 000 à 8 000 litres selon les modèles. Le CCF moyen, le plus répandu, transporte environ 4 000 litres d’eau, plus une réserve dédiée à l’autoprotection et un peu de produit mouillant ou d’émulseur.

Combien de pompiers dans un CCF ?

L’équipage traditionnel est de quatre sapeurs-pompiers : deux équipiers formés au feu de forêt niveau 1, un conducteur titulaire du permis poids-lourds, et un chef d’agrès formé niveau 2. Dans le Sud-Ouest, certains équipages sont réduits à deux.

Qu’est-ce qu’un GIFF ?

Un GIFF, ou Groupe d’Intervention Feux de Forêt, est l’unité tactique dans laquelle s’intègre le CCF. Il associe généralement un véhicule de liaison hors route et quatre CCF, qui progressent en colonne selon un ordre précis, du plus manœuvrant au moins manœuvrant.

Comment un CCF se protège-t-il de la chaleur ?

Le CCF dispose d’un système d’autoprotection : des rampes pulvérisent de l’eau sur les vitres et les pneumatiques, la cabine est mise en surpression pour empêcher les fumées d’entrer, les vitres sont traitées contre la chaleur, et un arceau anti-retournement protège l’équipage. Une réserve d’eau est dédiée uniquement à cette autoprotection.

Le CCF peut-il se ravitailler en eau tout seul ?

Oui. Comme un fourgon pompe-tonne, le CCF possède une pompe capable d’aspirer et de refouler. Il peut donc remplir sa citerne dans n’importe quel point d’eau accessible — rivière, étang, retenue — ce qui en fait une véritable base de combat autonome.

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