La France franchit une nouvelle étape dans la modernisation de ses moyens de lutte contre les feux de forêt. Lors de l’ouverture de la campagne nationale de prévention à Nîmes, jeudi 4 juin 2026, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a signé la commande de deux nouveaux Canadair DHC-515. Ces appareils, dont la livraison est estimée entre 2032 et 2033, représentent un investissement de près de 200 millions d’euros pour l’État.
Un engagement historique pour la sécurité civile
Cette commande s’inscrit dans la continuité des annonces faites par Emmanuel Macron après les incendies dévastateurs de l’été 2022. Elle complète les deux premiers DHC-515 commandés en 2024, dont les livraisons sont prévues en avril et novembre 2028. À terme, la flotte de la sécurité civile devra compter 16 avions bombardiers d’eau amphibie, un objectif ambitieux pour faire face à l’intensification des risques liés au changement climatique.
La relance des chaînes d’assemblage de De Havilland, unique fabricant des Canadair, a été rendue possible grâce à une commande européenne de 22 appareils nouvelle génération. Laurent Nuñez a souligné que la France veillerait au respect des calendriers de livraison, tout en comptant sur le dynamisme des acteurs industriels français, comme Kepplair et Hynaero, qui travaillent sur des projets d’avions bombardiers d’eau avec des expérimentations en cours.
Une flotte aérienne en pleine évolution
La flotte actuelle comprend déjà huit Dash 8-Q400MR, trois Beechcraft, ainsi que des hélicoptères bombardiers d’eau et des Air Tractors loués chaque été. Cependant, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers a rappelé dans un communiqué que la France ne pouvait pas se contenter d’attendre les livraisons étrangères. Elle plaide pour bâtir une capacité française et européenne de production d’avions bombardiers d’eau, tout en alertant sur la diminution de 54,7 % de la dotation de soutien à l’investissement structurant des SDIS.
Les enjeux sont immenses : l’été 2025 a été marqué par près de 15 000 départs de feu en France, touchant 30 000 hectares de forêts et végétations. Parmi eux, 1 800 feux de forêt ont ravagé 20 000 hectares, avec des incendies majeurs comme celui du massif des Corbières dans l’Aude en août 2025.
Une vigilance accrue à l’échelle nationale et européenne
Le risque incendie ne se limite plus au Sud de la France. Une cinquantaine de départements, dont les Côtes-d’Armor et la Seine-et-Marne, figurent désormais sur la liste des zones classées à risque. Au niveau européen, l’Union européenne a prépositionné près de 800 pompiers dans des zones à risque, comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie. La France, quant à elle, accueillera quatre modules de feux de forêts européens, notamment dans les Bouches-du-Rhône et en Gironde.
Cette annonce intervient alors que les neuf syndicats de pompiers, réunis en intersyndicale, ont interpellé le gouvernement la semaine dernière sur l’urgence de réformer le financement des SDIS, un système au bord de la rupture.
