Lorsqu’un incendie se déclare en forêt ou dans des espaces naturels, les sapeurs-pompiers déploient des tactiques précises pour enrayer sa progression. Ces méthodes, encadrées par la doctrine opérationnelle de la Direction Chargée de la Gestion de Crises et de la Sécurité Civile (DCGCSC), se structurent autour de trois phases clés : fixer, maîtriser et éteindre le feu.
Les trois étapes de la phase d’attaque
La première étape, fixer le feu, vise à stopper sa propagation. Cela peut être réalisé grâce à des éléments naturels comme des coupes-feu ou des zones pyrorésistantes, ou par l’intervention directe des secours. Une fois le feu contenu, les pompiers passent à la phase de maîtrise : ils renforcent les flancs du sinistre tout en éteignant les foyers secondaires. Enfin, l’extinction consiste à traiter minutieusement les points incandescents, souvent avec de l’eau additionnée de mouillant ou des outils comme des rateaux, pour éviter toute reprise sous l’effet du vent.
Les manœuvres offensives : aller au-devant des flammes
Les tactiques offensives permettent aux pompiers de « aller chercher le feu » pour le stopper. Trois méthodes principales sont utilisées :
- L’attaque de flanc : les moyens sont engagés sur le flanc le plus vulnérable pour remonter jusqu’à la tête du feu et enrayer sa progression. C’est la manœuvre la plus courante.
- L’attaque par percée de flancs : une trouée est réalisée dans un flanc pour progresser dans la zone brûlée et casser la tête du feu par l’intérieur, une technique efficace en cas de front violent ou d’accès difficile.
- L’attaque de front : réservée aux situations où le vent est modéré, cette méthode consiste à casser directement la tête du feu avant de traiter les flancs.
Les manœuvres défensives : protéger les zones sensibles
Lorsque les conditions ne permettent pas une attaque directe, les pompiers optent pour des stratégies défensives. Celles-ci visent à attendre le feu et à protéger des enjeux prioritaires, comme les habitations, les infrastructures critiques ou les zones industrielles. Deux approches sont privilégiées :
- La défense de points sensibles : le commandant des opérations de secours (COS) identifie les sites stratégiques à protéger. Bien que les moyens ne puissent pas couvrir chaque maison, le débroussaillement reste une mesure préventive essentielle.
- L’établissement de lignes d’appui : ces lignes, statiques ou dynamiques, sont préparées à l’avance pour combattre le feu sur des zones reconnues. En position statique, les engins sont espacés sur une zone favorable à l’arrêt des flammes. En dynamique, ils progressent en colonne en utilisant leurs lances tout en roulant.
Les tactiques spécifiques : feux tactiques et coupes préventives
Parmi les techniques avancées, les feux tactiques sont encadrés par le code forestier depuis 2004. Ils consistent à allumer un feu secondaire pour priver l’incendie principal de combustible. Deux méthodes existent :
- Le contre-feu : un feu contrôlé est allumé face à l’incendie pour créer une zone sans végétation et stopper sa progression.
- Le brûlage tactique : planifié à l’avance, il permet de canaliser un incendie en limitant sa propagation.
Autre approche, les coupes tactiques, comme celles menées en Gironde en 2026, visent à créer des couloirs sans combustible pour freiner les flammes. Des parcelles de 15 kilomètres ont ainsi été déboisées et broyées, laissant des zones de 800 mètres de large pour bloquer la progression du feu. Depuis 2023, cette pratique est inscrite dans le code forestier.
D’autres outils au service de la lutte
Les pompiers disposent également d’autres tactiques, comme le forstage, qui utilise des engins lourds (bulldozers, broyeurs) ou des outils portables (tronçonneuses, débroussailleuses) pour créer des accès ou des coupures de combustible. L’emploi de retardant terrestre complète ces dispositifs en ralentissant la progression des flammes.
Ces stratégies, combinées à l’expertise des sapeurs-pompiers, permettent de lutter efficacement contre les incendies de forêt, en adaptant les moyens aux conditions du terrain et à l’évolution du sinistre.

